Point Lefebvre (Version texte)

La sortie cet après-midi de François Baroin sur les « tweets » et les « blogs » m'a finalement décidé à énoncer de manière formelle cette distinction, que je me proposais initialement de nommer « point Albanel », eu égard aux états de service de la ministre éponyme au cours de la très médiatique élaboration de la loi Création et Internet, plus connue sous le nom de « loi HADOPI ». Les conseils avisés de ph_lhiaubet, vinceakadiego, MattGNU et VinZ m'ont décidé pour « point Lefebvre », du nom du porte-parole de l'UMP qui, s'il n'a pas forcément été le précurseur de ce courant d'idées[1], a sans doute le plus contribué à son succès.

Sur la suggestion tout aussi avisée de Anne_JM, le champ des récipiendaires[2] ne se restreint pas aux seuls politiques, mais englobe toute personnalité dont la parole a un tant soit peu de portée[3].

Puisqu'il faut bien rendre à César etc., cette distinction se définit évidemment par analogie avec le point Godwin, le point Sarko-Eolas, ou encore le prix Busiris. Bien entendu, ces distinctions ne sont pas mutuellement exclusives, au contraire.

Énoncé

Le point Lefebvre récompense une déclaration tendant à rendre Internet ou l'une de ses émanations responsable d'actions commises par des personnes physiques.

Une déclaration de cet ordre est généralement considérée comme relevant de la malhonnêteté intellectuelle. En effet, Internet étant un outil, certes très élaboré, mais n'ayant pas de conscience propre, celui-ci ne saurait être tenu pour responsable d'actions commises par des humains utilisant cet outil à des fins éventuellement mauvaises, actions qui pourraient d'ailleurs être commises sans l'intermédiaire d'Internet. En outre, ce type de déclaration va souvent de pair avec une méconnaissance manifeste d'Internet de la part de son auteur, tendant à diminuer la crédibilité de son propos.

Liste des récipiendaires

Cette liste est bien entendu évolutive et ouverte à correction. Sentez-vous libre de me signaler dans les commentaires tout fâcheux oubli ou erreur.

  • Nadine Morano, pour les déclarations suivantes :
    • des sites internet qui utilisent des méthodes fascistes - 7 juillet 2010
    • Au delà des rumeurs ou des blogs, qui sous couvert d’anonymat, déversent un torrent de boues, d’insultes, d’injures et de mensonges, je crois qu’il nous faudra un jour une police internationale d’Internet. - 8 avril 2010
    • Ah, Internet, je déteste, c'est le temple des rumeurs et de la caricature. (...) C'est vraiment la caricature. Plus qu'Internet, tu meurs. - 7 mai 2008
  • François Baroin, pour la déclaration suivante :
    • Comment vous pouvez jeter l'anathème sur les uns et sur les autres, sans preuve, en additionnant les tweets, les blogs des gens qui règlent des comptes, des opposants politiques qui ne partagent même pas vos valeurs ? - 6 juillet 2010
  • Jean-Pierre Pernaut, pour la déclaration suivante :
    • Une réforme qui nous amène directement à de nouvelles rumeurs concernant le ministre du Travail Éric Woerth. Elles sont une nouvelle fois lancées par un site internet. - 6 juillet 2010
  • Jean-Michel Aphatie, pour la déclaration suivante :
    • On ne peut pas évoquer « twitter » et les attitudes que suppose l’outil dans de telles circonstances sans penser à ces caméras que l’on cache, aux fonctions professionnelles que l’on dissimule, à l’anonymat des livres que l’on édite (dites, au fait, des nouvelles de Cassandre), jusqu’à ce dictaphone dissimulé pour enregistrer des conversations de vieilles dames qui, c’est vrai, nous en apprennent beaucoup sur le fonctionnement quotidien de la puissance. C’est comme un mal de l’époque. La confiance s’étant évaporée, la dissimulation devient l’outil privilégié de l’établissement de la vérité. - 1er juillet 2010
  • Patrick Sébastien, pour la déclaration suivante :
    • Je m'attendais à en prendre plein la gueule de la part des médias et des politiques, ça a été le cas, mais je m'étais dit que le seul moyen de faire monter ce mouvement, c'était Internet. Mais je ne m'imaginais pas à quel point Internet était une poubelle. - 16 juin 2010
  • Jean-Louis Masson, pour la déclaration suivante :
    • Internet est pernicieux, dans le colportage. (...) Je n'ai pas à répondre à Internet. Je ne pense pas que du bien d'Internet. - 1er juin 2010
  • Chantal Jouanno, pour la déclaration suivante :
    • Twitter nous a fait beaucoup de mal, Internet aussi en diffusant des rumeurs absolument ignobles. - 22 mars 2010
  • Jacques Séguéla, pour la déclaration suivante :
    • Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes ! - 17 octobre 2009
  • Alain Finkielkraut, pour les déclarations suivantes :
    • Il me semble qu'Internet est l'instrument privilégié du n'importe quoi. - 19 septembre 2009
    • Internet est un asile pour les images, les photos, les conversations volées. (...) Est-ce qu'Internet est ce lieu que je décris, ou non ? Est-ce que c'est pas cette poubelle de toutes les informations ? - 30 avril 2009
  • Denis Olivennes, pour la déclaration suivante :
  • Frédéric Lefebvre, pour la déclaration suivante :
    • L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? - 15 décembre 2008

Edit : les nombreuses déclarations du 7 juillet 2010 ont rendu cette liste tout simplement impossible à tenir à jour, tant les prétendants se sont mutuellement surpassés. La compétition semble désormais gravement compromise par l'utilisation d'une aide informatique, à savoir le générateur d'uchronie médiatico-politique (UMP). Le fair-play en prend un coup.

Notes

[1] Nadine Morano, par exemple, l'a semble-t-il précédé sur cette voie.

[2] Qui ne désigne pas une boîte vide, mais une personne qui reçoit une distinction.

[3] Quoi que cela veuille dire.